L’espoir musulman de l’empire français vaincu

Dans un article paru dans le Financial Times (voir ici), le journaliste britannique Jeremy Paxman signe un article intitulé “Voilà, English wins in the battle of global tongues” – “Voilà, l’anglais gagne dans la bataille des langues globales”.

Volontiers provocateur, Paxman livre sans détour son opinion sur l’état de la langue française et de la langue anglaise.

“Personne ne niera que, historiquement, la France a élevé la civilisation. La culture européenne serait une chose bien mince sans Montaigne, Descartes, Debussy et Cézanne, pour ne pas parler du dictateur des dictateurs, Napoléon Bonaparte. Le problème est que tout cela est fini depuis longtemps et que le nouveau monde est anglophone. Dans la lutte multiséculaire entre l’anglais et le français, il y a un vainqueur et prétendre l’inverse serait comme suggérer que Johnny Halliday est l’avenir de la pop.

Il n’y a pas vraiment de raison pour les Britanniques de se vanter au sujet de cette victoire, car cela a beaucoup plus à voir avec un empire bâti il y des générations ainsi qu’avec la domination des USA sur le monde moderne. Mais le bilan de la lutte est clair : l’anglais est la langue de la science, de la technologie, du voyage, du divertissement et du sport. Pour être un “citoyen du monde”, c’est une langue que vous devez maîtriser”.

Le propos de Paxman ne doit pas être lu à l’aune du vieux conflit franco-anglais. Son point de vue paraît pertinent si l’on estime que nous passons progressivement de la confrontation globale fondée sur l’appartenance étatique et/ou idéologique à celle assise sur la culture. Dans cette guerre, les empires continentaux sont les seuls à pouvoir soutenir l’effort.

Ces remarques de Paxman sont intéressantes car elles renvoient à la crise existentielle que connait la France. Pour Paxman, l’anglais a réussi à devenir la langue de l’Occident et de l’occidentalisation là où le français a échoué. Une lingua franca qui est même devenue planétaire, pratiquée bien au delà de son foyer linguistique originel.

La France  est encore aujourd’hui structurée par un état qui se pense en tant que puissance impériale. Ses élites n’ont pas encore vraiment accepté leur défaite historique et elles continuent de parler de “rayonnement” et de “grandeur” sans y croire réellement.

A la différence de l’Angleterre qui avait réussi à édifier une véritable projection globale en Amérique du Nord et en Océanie, la France n’est pas parvenu à créer ex nihilo de nation ultra-marine – de peuplement européen et de langue française – à l’exception notable du Québec.

La plus grande réussite de la France, en tant qu’empire, est d’avoir imposé le français aux élites dirigeantes de l’Afrique de l’Ouest qui ne disposaient au 19ème siècle d’aucune langue commune. Cas identique à celui des Indes britanniques qui ont trouvé dans l’anglais une langue commune et “neutre”, ne reflétant pas la domination d’un groupe linguistique indigène sur un autre.

Négrification de la démographie francophone

Aujourd’hui, quelque 220 millions de personnes parlent le français dans le monde dont environ 70 millions de race blanche. La presse parisienne aime à proclamer que “d’ici à 2050”, le français sera devenu la “deuxième langue la plus parlée au monde” avec 715 millions de francophones. L’essentiel se situant en Afrique.

En réalité, ces chiffres sont des extrapolations volontaires. Elles reposent sur l’idée simpliste qu’un pays africain ayant adopté comme langue officielle le français serait intégralement francophone.

L’Algérie par exemple compte 33% de sa population capable de lire et écrire français (source). Au Maroc ce chiffre se situe aux alentours de 40% (source). Le chiffre le plus élevé de locuteurs francophones d’Afrique se trouve en Tunisie où environ 70% de la population peut lire et écrire le français (source). Cependant, les médiats télévisuels, radiophoniques ou écrits tendent à être de plus en plus de langue arabe.

En Afrique Noire, seuls le Bénin et le Burkina Faso ont des taux légèrement supérieurs à 50%. Au surplus, divers créoles sont apparus, mélange de français et de langues indigènes, parfois même d’anglais.

Par delà ces nuances, la France, en colonisant l’Afrique et en la francisant partiellement à ses portes, a créé les conditions de sa propre colonisation à rebours.

L’empire anglo-européen

Aujourd’hui, le monde de fondement anglo-saxon et anglophone s’appuie sur cinq états quasiment organisés en confédération : les USA, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre. Ces quatre derniers pays sont les seuls que les États-Unis n’espionnent pas, ce qui en dit long sur la profondeur de leur unité réelle.

Ce réseau d’îles-continents (Amérique du Nord, Océanie) font de la sphère anglophone la première puissance maritime de la planète.

L’unité linguistique de ces nouveaux pays a permis d’assimiler rapidement des masses considérables d’Allemands, d’Anglais, d’Irlandais ou d’Italiens.

La France, de par sa situation géographique, a toujours du concilier sa projection maritime avec ses impératifs de défense continentale. Sa faible émigration ne lui a pas permis de constituer de puissants foyers de peuplement extra-territoriaux malgré le fait qu’elle ait découvert en même temps que l’Angleterre les mêmes continents.

Le français, hormis au Québec, n’est jamais devenu la langue de nouvelles nations de souche française susceptibles de former un empire français élargi disposant d’une souche raciale homogène. Il s’est donc limité à n’être qu’un outil d’administration coloniale.

Vers l’empire “franco-musulman”

Pour la France, cet échec a des conséquences domestiques profondes. Car toute l’idéologie de l’État Français repose sur l’universalisme et l’égalitarisme, encore excités par ses souvenirs de grande puissance internationale. Ayant troqué le Sacre de Reims pour les Droits de l’Homme et la promesse collectiviste, la France, tel Spartacus, est en perpétuelle recherche de peuplades primitives à diriger.

Si la France n’est plus un empire global et que l’exceptionnalisme français ne repose sur rien de tangible, il lui faudrait admettre de se “resituer” sagement dans son territoire historique. Redevenir “gauloise” en quelque sorte et considérer la Belgique, la Suisse et le Québec comme ses seuls véritables partenaires culturels “intra-européens”. Mais le pays de Napoléon, encore nostalgique de son empire planétaire perdu, verrait la chose comme terriblement “provinciale” et dérisoire en plus de fleurer le “particularisme racialiste” qu’elle déteste tant chez les Bretons, Corses ou Alsaciens.

Le virus impérial qui contamine les élites parisiennes condamne ces dernières à embrasser le tiers-monde musulman, en accompagnant calmement l’africanisation raciale du pays et son islamisation religieuse et culturelle.

Le français approximatif qui a désormais cours dans les banlieues mêmes de Paris souligne l’affaissement du pays qui optera peut-être un jour pour l’officialisation de l’arabe – littéraire – comme langue d’état.

La politique étrangère de François Hollande et de Nicolas Sarközy, de ce point de vue, suit une implacable logique : faire de la France le glaive de l’islam sunnite. “Alliée stratégique” du Qatar et de l’Arabie Saoudite selon le mot de Jean-Yves Le Drian, la France entrevoit dans le monde arabo-musulman cette force qui lui permettrait, en théorie, d’exister aux côtés du monde “anglo-européen”, chinois, indien ou hispanique.

Une politique poussant le pro-arabisme gaulliste au bout de son raisonnement.

La France, probable premier pays à devenir majoritairement de peuplement afro-musulman, alliant – malgré une certaine conflictualité – le vieux chauvinisme expansionniste hexagonal et le tiers-mondisme islamique post-communiste.

Est-ce si surréaliste ? Il y a déjà des voix qui demandent à ce que la France rejoigne l’Organisation de la Conférence Islamique et ses 57 états-membres.

Pierre Conesa, ancien haut-fonctionnaire du ministère de la Défense français, s’en fait l’avocat (source) :

Forte de sa communauté islamique, la France devrait même, selon Pierre Conesa, s’affirmer désormais comme une « puissance du renouveau théologique musulman » et, à ce titre, demander un siège à l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) « plutôt que de s’entendre morigéner par des pays qui ne savent même pas ce qu’est la tolérance religieuse ».

La France, fille aînée de l’Église, devenant “le glaive de l’islam”. D’un “islam moderne” et “réformé” bien sûr, susceptible d’inspirer – du moins si l’on en croit les cerveaux fous du Quai d’Orsay – le monde musulman, des rives de l’Atlantique au Pakistan.

La Mecque vaut bien une chahada.


  • De la façon dont cette contre-colonisation se présente, c’est l’Arabie qui est l’avenir de la France, et non l’inverse. En fait de stratèges, ces bureaucrates qui gravitent autour du Quai d’Orsay ne sont que des vendus qui cherchent à se dédouaner. La lingua franca de la Oumma arabo-musulmane est l’arabe, la langue du Livre, et non pas le français, idiome abâtardie des infilèles.

  • Sergey

    Et donc concrètement qu’est ce que l’on fait pour détruire l’hégémonie Anglo-saxonne ?

  • Apophis

    Oui, c’est un gouvernement qui copule à la fois avec les puissances sunnites pétrolières et avec Israël, dont on n’aime pas la politique, mais qu’on tolère, qu’on excuse, parce que vous comprenez, c’est le peuple élu, lutte contre l’antisémitisme, repentance de crimes imaginaires, etc.

    Un gouvernement où l’on trouve à la fois un Jean-Yves Le Drian et un Manuel Valls “éternellement lié à la communauté juive et à Israël”.

    Ces gens-là sont encore bloqués dans leurs espoirs des années 1970/1980, à savoir la destruction des français de souche par l’immigration à dominante musulmane, l’union sacrée sémite judéo-musulmane contre les blancs racistes potentiellement nazis qui essaierait de mettre de côté le conflit israélo-palestinien…
    Le message de tous ces intellectuels juifs, de la LICRA, c’est : laissez tomber les palestiniens, ne vous solidarisez pas d’eux comme nous nous solidarisons des Israéliens, et en échange, on vous offre l’Europe sur un plateau d’argent, on va mettre nos moyens logistiques, notre influence politique, médiatique, économique et judiciaire à votre service au nom de la lutte contre l’extrême-droite.

    Sauf que les islamo-immigrés, ils ne trouvent pas ce marché à leur goût. Ils trouvent qu’ils se font avoir. Ils ne trouvent pas normal d’avoir à laisser tomber les palestiniens pendant que les juifs, eux, continuent à soutenir Israël à fond avec leur CRIF.

    L’imposture SOS Racisme dévoilée par Serge Malik (1990) : https://www.youtube.com/watch?v=iFF_miq3K8E

    C’est l’une des raisons pour lesquelles les juifs détestent autant Soral et Dieudonné, avec leur façon d’agiter les afro-musulmans contre eux ; ça fout tous leurs beaux projets en l’air.
    Malgré tout, la plupart des élites juives gardent le cap qu’elles s’étaient fixé il y a trente ans, rares sont ceux à retourner leur veste, comme Finkielkraut.

  • Deirdre Smith

    A quoi sert la lange française aujourd’hui dans le monde apart de quelques patois par ci et par là?

    Aujourd’hui, je ne peux que m’imaginer l’incompréhension totale qu’ont les gens âgés en regardant la télé. Tous les quatre mots sont anglais. C’est la langue de la technologie, du commerce, de la guerre. Le français, dans une période antérieure, était une langue de la “culture”, arts, sciences, savoir faire, à ne pas confondre avec la définition américaine de “culture”, de sociétés physiologiquement différentes, de continents différents.

    Je crois bien que Paxman ait raison. Ce n’est pas le rugby, c’est une question d’influence mondiale et malheureusement, la France en sort perdante.

  • Jean Bon

    Point de vue fin, original et très intéressant comme toujours.

    Bravo et merci pour vos analyses.

  • Nicolas Bretagne

    Bonjour, vos deux derniers articles se complètent bien. On peut en effet se demander comment la France doit repenser sa volonté de puissance (Pascal Gauchon qui dirige la Revue Conflits, et Christian Harbulot de l’Ecole de Guerre économique sont deux pointures là dessus). Je me permets de donner quelques pistes en complément :

    Dans l’immédiat il conviendrait de mettre en place une “France cuirassée” – ce qui implique un changement de régime, une remigration drastique, et une nouvelle pensée stratégique militaire (augmentation du budget entre 3 et 5% du PIB – la France dispose encore d’une armée de professionnels et est le seul pays d’Europe capable d’envoyer des soldats en OPEX), aux frontières (protection du “limes romain”), et nucléaire (force de frappe, “ultima ratio”).

    Dans le meme temps effectuer un renversement d’alliance (sortie unilatérale de l’OTAN et de l’Union européenne), reprise intense des relations diplomatiques avec le Groupe de Visgrad et la Russie (avec qui nous avons une histoire et des racines communes).

    Sur le volet économique : réindustrialisation massive, politique libérale en micro-économie, protectionnisme furieux, sens commun, localisme, autonomie radicale et indépendance,
    Enfin restaurer l’Etat dans ses fonctions régaliennes (ordre, justice, sécurité), nationalisation totale des seuls secteurs stratégiques (energie, armement, ressources)

    Je pourrais longuement développer, au plaisir de vous lire Boris !!

    • Boris

      Bonjour Nicolas.

      Il faudrait déjà en premier lieu que les Français répondent de façon pertinente à la question de savoir ce qu’est la culture française et si elle s’inscrit dans la civilisation occidentale d’Europe. J’ai plutôt le sentiment que la question ne se pose pas et que le mantra “républicain” sert à éluder cette question, voire à cacher le choix réel des élites : un glissement de plus en plus fort vers le monde africain et oriental. Ou, plus exactement, un glissement de ceux-ci vers la France.

      Je ne suis pas sûr que les Américains soient très attachés à l’Otan. Cette organisation leur coûte cher et leur attention se focalise de plus en plus fortement sur l’Asie. On va plus sûrement évoluer, discrètement, vers des partenariats bilatéraux entre les USA et les pays qui les intéressent réellement en Europe de l’est voire centrale. L’armée française va sortir lessivée de ses conflits extérieurs et sera trop occupée à gérer ses problèmes domestiques croissants. L’Angleterre ne paraît pas mieux engagée.