Pourquoi les USA ont raison de ne pas “s’excuser” pour Hiroshima et Nagasaki

Cet article fera le lien avec celui que j’ai écrit au sujet de l’État Islamique (lire ici) intitulé “Contre le pacifisme et pour l’usage de l’arme nucléaire contre l’État Islamique”. Je veux parler ici de la récente visite du Secrétaire d’Etat américain John Kerry à Hiroshima, au Japon.

La presse occidentale a sans surprise trouvé utile de poser la question des “excuses” des USA suite au bombardement de la ville par le B29 Enola Gay le 6 août 1945. Ainsi, le journal Le Figaro relate (source) :

“Si vous me demandez si le secrétaire d’État est venu à Hiroshima pour présenter des excuses, la réponse est non, a répondu ce haut responsable du département d’Etat, interrogé par quelques journalistes pour savoir si John Kerry allait exprimer des regrets. En revanche, “si vous demandez si le secrétaire d’Etat et, je crois, tous les Américains et les Japonais sont remplis de tristesse pour les tragédies qu’ont vécu tant de nos concitoyens, la réponse est oui”, a ajouté le diplomate.

Les choses vont plus loin en réalité. Comme le révélait un document diplomatique en date du 3 septembre 2009 publié par Wikileaks, l’administration Obama avait songé à un déplacement du président US à Hiroshima pour formellement “s’excuser” du bombardement.

La réaction japonaise ne s’était pas faite attendre. Le Vice-ministre des Affaires Etrangères, Mitoji Yabunaka, avait indiqué à l’ambassadeur américain John Ross que “l’idée d’une visite du Président Obama à Hiroshima pour s’excuser du bombardement nucléaire pendant la Deuxième Guerre Mondiale est “intenable”.”

Le motif invoqué pour ce rejet ferme de la proposition américaine était de bon sens : elle affaiblirait l’alliance nippo-américaine.

Théologie pacifiste inopérante

Comme toujours, tout mouvement dans un sens suscite un contre-mouvement dans l’autre sens. Délégitimer le bombardement américain sur le Japon signifierait, de facto, que les USA estiment qu’ils ne peuvent utiliser, en aucun cas, d’armes nucléaires contre un pays avec lequel il est en guerre. Il s’agirait là d’une absurdité stratégique aux conséquences catastrophiques. Aucune armée ne peut a priori s’interdire d’être plus puissante que ses ennemis et adopter comme doctrine une limitation volontaire de l’usage de sa propre force de dissuasion. Il s’agit d’une contradiction dans les termes.

Comme trop souvent hélas, les Européens de l’Ouest ignorent la réalité et se perdent dans une querelle théologique et morale absurde. Ils demeurent les prisonniers du traumatisme des deux guerres mondiales et de la décolonisation.

Pour les Japonais en revanche, toute action qui comme en Allemagne renforcerait le pacifisme domestique et entraverait la puissance américaine, reviendrait à renforcer mécaniquement l’impérialisme chinois. Le message envoyé aux alliés des USA, notamment en Asie de l’Est, serait celui d’une Amérique en proie au doute, hantée par la tentation du repli isolationniste. Les chancelleries asiatiques commenceraient à s’interroger sur la crédibilité américaine.

Les Japonais ni les Coréens du Sud ne sont enthousiastes à l’idée que les USA puissent devenir des “Européens” de l’Ouest, rétifs à toute politique de puissance et allergiques aux responsabilités qu’elle impose, guerre en tête.

Les Japonais, à la différence des Allemands, sont restés ancrés dans la réalité et n’ont pas sombré dans le mythe du pacifisme masochiste, anhistorique par définition. Le peuple Japonais a un esprit fondamentalement pratique et il  ne s’embarrasse pas d’optimisme philosophique ni de constructions idéologiques ou morales savantes.

Si le pacifisme a été dans une certaine mesure accepté par la société japonaise – sur exigence des USA – c’est en échange d’une solide protection américaine. Les Japonais étant d’esprit pratique, les demandes croissantes d’engagement militaire conjoint de la part des États-Unis trouveront, à terme, une réponse positive et univoque.

Révision géopolitique

En Europe de l’Ouest, France en tête, 71 ans de paix et de protection américaine ont rendu les esprits impuissants et bavards. Au surplus, peu nombreux sont ceux qui prennent la mesure des bouleversements géopolitiques en cours.

L’émergence de la Chine et ses projets de conquête de l’Asie – pour commencer – ne peuvent en aucun cas constituer une bonne nouvelle pour le bloc occidental. Le mythe d’une “alliance sino-russe” ne résistera pas longtemps à la puissante haine que nourrissent les Chinois à l’égard des Russes, de même que l’alliance sino-soviétique se termina jadis par une confrontation militaire en 1969 (voir ici).

La Chine ambitionne de prendre le contrôle de l’Asie Centrale par laquelle elle veut acheminer sa production vers l’Europe et le Moyen-Orient. Un projet qui heurte frontalement l’Union Eurasiatique mise en place par la Russie et qui, en réalité, est un échec d’autant plus retentissant que l’Ukraine n’est plus dans la sphère d’influence russe. Au surplus, l’économie russe ne reposant que sur l’exportation de matières premières et d’armement, elle ne peut constituer d’alternative économique durable.

La Chine poursuit donc sa colonisation économique de l’Asie Centrale, la fameuse “nouvelle Route de la Soie”.

Les revendications territoriales chinoises, qui concernent plus d’une vingtaine de pays voisins, visent tout aussi explicitement la Russie :

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Même la France n’est pas épargnée puisque Pékin entend procéder à l’expulsion de celle-ci de la Polynésie comme de la Nouvelle-Calédonie (lire ici). La Chine a d’ores et déjà entrepris de repousser les Américains jusqu’à la côte californienne, étudiant des scénarios d’autodétermination de Haiwaï.

Dans ce contexte, il devient une nouvelle fois évident que le pacifisme ambiant en Europe de l’Ouest est une plaie tout aussi désastreuse que le bellicisme d’avant 1914. Ce qui d’ailleurs explique largement pourquoi l’Europe de l’Ouest ne réagit à aucune des menaces existentielles qui pèsent sur elle, à la différence de l’Europe centrale.

La guerre n’est jamais une expérience joyeuse, mais elle demeure une réalité inhérente aux sociétés humaines. S’il n’est pas question dans ce propos de se “féliciter” du bombardement de Hiroshima ou de Nagasaki, il faut assumer l’usage de la force, y compris la plus radicale, dès lors que l’on est en charge d’assurer la sécurité de son pays et, le cas échéant, de ses alliés.


  • Sergey

    Que pensez vous du livre “chronique du choc des civilisations ” de Chauprade ? Il évoque une alliance sino russe . Et puis de toute façon les russes ont l’arme atomique.

  • Philippe

    Bon article, mais je ne pense pas que la Chine ouvrira un “nouveau front” contre la Chine tant qu’elle sera en conflit avec les USA, le Vietnam. Taiwan, les Philippines et le Japon. Elle a bien plus besoin d’acheter des armes a la Russie.

  • tres content que obama ne s est excuses parce que ses meme batars ont refuse de reconnaitre leur crime contre la chine et la coree du sud

    • mario

      Le Japon n’avait pas signé les Accords de Genève concernant les prisonniers de guerre, alors ils se permettaient d’ordonner aux soldats prisonniers de faire hara kiri ! … À tous les jours un certain nombre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus ! … Ils ont fait des expériences avec le sarin et le tabun sur les populations ! … Ils se sont servis de prisonniers de guerre comme cibles pour l’entrainement au tir des troupes ! … Ils ont inventé tout ce dont ils étaient capables pour être cruels, méchants et inhumains ! … Tant pis pour eux si la bombe atomique leur est tombée sur la tête ! … Ils l’avaient bien cherché ! …

      • opex

        Et les nazis qui s’étaient livrés à des expériences mille fois pires que les Nippons mais ils n’ont pas reçu des bombes atomiques sur la gueule à Dresde, Hambourg, etc….?
        Il faut se rappeler que la guerre USA/ Japon est due en grande partie à des provocations US comme avec l’Irak de Saddam Hussein, comme décréter l’embargo sur le pétrole pour le Japon, en faisant pression sur les Néerlandais pour qu’ils ne livrent pas de pétrole au Japon. Or tout embargo est une déclaration de guerre au regard du droit international, pour asphyxier le Japon des années 30 pris à la gorge par la crise de 1929, partie comme par hasard des USA!

  • oh

    Les dirigeants chinois sont patients et pragmatiques. Que les USA faiblissent (au vu de leur dette) et ils pousseront. Que Poutine soit remplacé par un mou ou affaibli et ils pousseront. Ils poussent déjà en Afrique …

  • asterphoenix

    La chine en tant qu’empire menace uniquement toute l’hégemonie occidentale, tout le colonialisme occidentale. Les etats nations c’est du vent seules les empires comptent dans l’histoire Bonaparte l’avait bien compris. Il n’a que 2 empires actuellement usa et chine, l’europe est trop divisé dans ses antagonismes entres ses membres, seule une europe unifié aurait eu ses chances face à la chine et usa mais ca n’arrivera jamais.

  • Silber und Schwarz

    Kerry et Obama étant pro-islamiques, leur “excuse” pour la bombe sur Hiroshima et Nagasaki créerait un précédent déplorable dans les relations internationales.