Réponse à un jeune militaire

Suite à ma dernière vidéo relative au nouveau modèle de l’armée de terre française (voir ici), un jeune militaire me répond :

Votre vision de la réforme de l’armée de terre est parcellaire car vous ne la maitrisez pas, ni n’en tenez les vrais enjeux, tandis qu’en la reliant à votre vision de la situation en France, vous la détournez pour partie de ses objectifs. Par ailleurs, affirmer qu’une partie des officiers ne connait pas cette guerre que vous comparez à la situation insurrectionnelle en Algérie en 1961 parce qu’ils seraient issus de la génération de la guerre froide, est une erreur. Les militaires connaissent parfaitement ces situations que vous qualifiez de guerilla, puisqu’ils les ont pratiquées en Bosnie, au Kosovo, en en Cote d’Ivoire ou encore plus récemment en Centrafrique pour ne citer que les plus connues. Le reste de votre analyse sur nos politiques et les modes d’actions à venir des terroristes me paraissent pertinents.

Il est certain que je n’ai pas de culture militaire. Et mon sentiment est qu’à notre époque, cela ne constitue pas un désavantage. Quoiqu’il en soit, voici ma réponse :

Qu’il s’agisse de moderniser l’armée de terre, la formation, d’intégrer les nouveaux matériels, n’attire pas particulièrement mon attention, en effet. Les intentions affichées me paraissent moins intéressantes que l’irrésistible aimantation de l’armée française par la crise domestique. L’armée française s’adapte plus qu’elle n’anticipe. Seule une armée politique et révolutionnaire parvient à voir plus loin. Ce dont sont généralement incapables les armées de système dits “démocratiques représentatifs” pour lesquels elles ne sont qu’un instrument. Ce qui paraît périphérique ou anecdotique peut être en réalité ce qui importe le plus à terme.

Quant aux insurrections évoquées, je ne pense pas que l’on puisse comparer la traque à quelques bandes africaines avec les implications de la libanisation d’une société occidentale avancée. Ou à la construction d’écoles avec l’argent de l’ONU pour empêcher des albanais de jeter des pierres à leurs voisins serbes, passe-temps séculaire des intéressés. C’est un phénomène politique d’une bien plus grande complexité pour la gestion duquel on ne forme pas, par définition, une armée d’un système dont procède la crise.

Je ne crois pas du tout que les officiers dans leur ensemble le comprennent car pour le comprendre il faudrait qu’ils s’émancipent de l’idéologie officielle et de ses interdits. Il faudrait qu’ils pensent en termes culturels. Et si d’aventure une poignée d’entre eux le comprenaient et l’articulaient en théorie, s’ils pensaient en dehors de la boîte mentale imposée, ils seraient marginalisés parce qu’ils ne seraient plus les outils d’une solution mais une partie du problème. Si l’armée française était effectivement dirigée par des gens lucides, elle n’aurait pas 30% d’allogènes dans son recrutement. Et elle s’intéresserait moins à ses hélicoptères qu’aux statistiques des maternités.

La nature humaine est telle qu’elle mène toujours la guerre d’hier. Donc, en résumé, l’armée va encore patrouiller un moment au coin des musées ou s’entraîner sur des chars lourds pendant que Momo égorge des vieilles dames en criant “Allahou Akbar” sur des vidéos tandis que le nombre de mosquées augmente au rythme de 300 ou 400 par an. Mosquées soigneusement gardées par cette même armée.

J’ai donc une connaissance parcellaire des détails techniques du modèle précité, mais j’ai au moins le mérite de voir l’éléphant au milieu du salon dont semblent ignorer jusqu’à l’existence les galonnés de l’état-major français.

Peu importe en effet les questions de technique car, in fine, c’est le politique qui importe. Et le raffinement théorique des militaires, outre qu’ils fassent généralement la part belle aux innovations technologiques – syndrome tuning oblige -, ne se soucie jamais du politique. L’armée française est généralement happée contre son gré dans des conflits générés par l’inconséquence de l’élite politico-administrative qui dirige l’Hexagone.

Tandis que l’état-major se penche sur ses futurs systèmes de missiles et autres jeeps truffées de gadgets, le politique déploie progressivement, comme par accident, 10 000 puis 20 000 militaires sur le territoire hexagonal. Qui demain doubleront encore, imposant à ce même état-major une guerre qu’il n’aura pas pensé ni voulu.

Car tout est politique.


  • Léo

    ….et derrière le politique se niche le spirituel sans lequel rien n’est possible humainement parlant. Le poisson pourrit toujours par la tête, et l’armée n’échappe pas à la règle, naguère bastion moral garant de l’ordre chrétien .
    Pour peu que l’on regarde l’histoire récente, les grands exemples d’officiers lucides tels que l’amiral Auphan ou le général Weygand ont été effacé des mémoires par les tenants officiels du resistancialisme. Je me permets au passage de citer Adrien Abauzit qui a fait un travail remarquable de réhabilitation de certaines figures du régime de Vichy , notamment dans sa “contre histoire du général De Gaulle ” sur méta TV . Excellent.