Burkini : Les causes profondes de l’alliance entre la gauche et l’islamisme

Ce qui frappe le plus, vu de l’extérieur, quant à la situation française actuelle, c’est le traitement médiatique général autour de la guerre contre le monde musulman qui est désormais engagée en Europe. J’utilise volontairement les mots “islam”, “guerre” et “en Europe”.

Négation de la guerre en cours

Ce traitement ultra séquentiel, privé de toute profondeur historique et culturelle, aboutit à l’annonce quotidienne “d’incidents” dont l’industrie politico-médiatique cherche à cacher, précisément, l’unité spatiale et temporelle. Formulé différemment, la guerre n’est pas présentée comme telle précisément parce que chaque affrontement est décrit comme limité à lui-même.

C’est là le but même du fameux slogan “Pas d’amalgame”. Il s’agit de convaincre les masses qu’il n’y a pas de guerre en arguant du fait que les confrontations et incidents ne sont pas liés les uns aux autres.

Comme l’a dit à ce sujet le ministre français de la Défense, le socialiste Jean-Yves Le Drian, les djihadistes en France sont considérés comme “des criminels”. Sous-entendu, des bandits de grand chemin devant être traités comme des criminels de droit commun.

Une telle approche reviendrait à dire qu’il n’y avait pas de guerre en mai et juin 1940 parce que “l’Allemagne” ou “l’armée allemande” ne constituait pas une totalité dirigeant les actes de chaque soldat de la Wehrmacht. Ceux-ci seraient plutôt des “criminels” agissant isolément. Des sujets indépendants. Moyennant quoi, on aurait du faire comparaître des millions de soldats allemands devant les Assises pour chacun de leurs actes.

Subjectivisme

Cette individualisation radicale du conflit actuel traduit une vision du monde dominante en Occident : celle d’un environnement qui est soumis à l’individu, vieux résidu de la pensée cartésienne et kantienne. La perception subjective de son milieu par un individu devient la seule échelle de mesure de la réalité.

On comprend mieux le slogan de Mai 68, “l’imagination au pouvoir”. Littéralement. La subjectivité définissant désormais la réalité vécue, l’optimisme, la bonne volonté et la créativité sont tenues pour les piliers d’une politique pertinente.

Cette vision du monde – rendue effective par l’anonymat de l’urbanisation, l’athéisme qui prive de toute rapport profond à la mort et au temps, l’économie de service hyper spécialisée où l’action isolée domine l’expérience sociale dans le domaine professionnel -, aboutit à cette altération profonde de la perception du réel. Cette gestion du stress par la “bulle de confort personnalisée” pourrait également s’appeler “la méthode Coué”, sans s’y limiter.

Paternalisme de gauche post-colonial

En ces temps où “l’autre” est célébré par l’idéologie dominante, jamais on a été si incapable de comprendre cet “autre”. On ne lui accorde, en réalité, aucune autonomie comme sujet. La gauche hexagonale parle pour les musulmans mais ne les laisse certainement pas s’exprimer librement. Et pour cause, les idéologues de la gauche crépusculaire leur assigne une place bien précise dans son inconscient : celui du gentil colonisé libéré par les chevaliers blancs de l’humanisme rouge/rose.

Au surplus, si on laissait s’exprimer le “franco-algérien” moyen, il y a de grandes chances pour que son discours n’adhère pas aux normes de celui du magistère progressiste.

Le narcissisme de la gauche occidentale est, comme on le voit, parfaitement “colonial” dans ses profondeurs. Seule la situation géographique a changé et le discours s’est simplement fait plus “diplomatique”.

La gauche universaliste occidentale voit l’égalitarisme comme le moyen de détruire les différences pour créer une masse unifiée d’individus soumis à sa tyrannie crypto-théocratique. Il n’y a à ce sujet aucune différence fondamentale entre les écolo-gauchistes, les trotskistes et les socialistes. Tous prétendent à la domination politique, doctrinale et culturelle sur leur prochain.

Ce qui diffère, c’est le moyen de parvenir à la réalisation de ce projet politique et donc de définir les ennemis prioritaires. Quand le NPA ou la Ligue des Droits de l’Homme, mais aussi la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, prennent fait et cause pour le “burkini”, ce n’est pas parce qu’ils se sont récemment convertis à l’islam tendance “Frères Musulmans”. C’est parce que, sous l’emprise de leur autisme idéologique, ils définissent la culture et la population française – et occidentale – comme l’ennemi. Pour eux, l’islam réactionnaire est un moindre mal.

C’est-à-dire un allié conjoncturel acceptable.

Le “droit à la différence” des musulmans n’est ici qu’un outil pour détruire la culture historique de la France, ou de l’Europe, qui est identifiée comme une insupportable manifestation d’une domination culturelle illégitime. “L’autre” n’est donc pas admis par cette gauche pour ce qu’il est – ce qui supposerait d’en finir avec l’idéalisme tiers-mondiste débilitant – mais comme un allié naturel face à “l’ennemi occidental”.

La gauche occidentale veut “décoloniser l’Occident” en le reconfigurant, ce qui passe par une “révolution culturelle” devant détruire tout héritage pré-révolutionnaire. Un suprémacisme idéologique qui n’est qu’un décalque en négatif de ce qu’ils dénoncent chez leur ennemi.

Naturellement, à force de pratiquer une telle proximité avec l’islamisme, nombre de nihilistes de gauche ou d’extrême-gauche deviennent de véritables alliés du suprémacisme musulman. Le terme même “d’impérialisme musulman” serait récusé par cette gauche tant elle a intériorisé l’image idéalisée d’un colonisé du tiers-monde sans défense, incapable du moindre dessein hostile.

Tout étant relatif, la démographie du monde musulman donne à celui-ci l’initiative. La gauche occidentale, dans ce contexte, devient ainsi l’idiote utile de cet impérialisme alors qu’elle croit précisément que les musulmans finiront, à terme, par accepter de se subordonner à sa domination.

“L’autre” n’est que le “moi je” du gauchisme

Paradoxalement donc, c’est en faisant de l’immigré africain la figure idéalisée, divinisée et – paradoxe – déshumanisée du “mendiant libérateur à fort taux de mélanine” que les gauchistes blancs démontrent qu’ils ne le regardent pas pour ce qu’il est. Il n’est pour eux qu’une simple prothèse inanimée, outil de leur névrose narcissique.

La soif de vengeance du monde musulman après des siècles de défaites cinglantes face à l’Occident conflue avec la haine pour leur propre peuple des docteurs de la loi socialistes. “L’autre”, qui n’existe pas pour eux comme je l’ai dit, n’est que le “moi je” de la gauche petite-bourgeoise blanche qui utilise le masque immigré pour agir encore plus hypocritement contre leur propre peuple. Un “moi je” vengeur dont elle exige qu’autochtones comme immigrés se conforment à ses désirs, sans broncher. Bref, la tyrannie du “même”. De leur même.

Seulement six semaines après la boucherie de Nice, et sans la moindre retenue, islamistes et socialistes se livrent à une surenchère politico-médiatique en faveur du “burkini”. Les centaines de morts et de blessés sont déjà consciencieusement oubliés, témoins par trop gênants pour les tenants du dogme “vivre-ensembliste”.

Il ne faut jamais oublier que la gauche réfléchit en termes utilitaires, n’ayant aucune espèce de respect ou de considération pour les individus ou les faits qu’elle considère comme simples contingences de son idéologie. Un manque d’empathie qui traduit une vraie psychopathie collective chez les adeptes de l’église – devrais-je dire de la secte – égalitariste occidentale.

Ainsi donc, les enfants pulvérisés de Nice ou les jeunes éviscérés du Bataclan ont déjà sombré dans l’oubli politique tandis que les “souffrances” d’une moukère sur une plage du sud de la France suscite la ferveur militante des élites de la gauche régressive. Parce qu’en réalité, ses militants s’enivrent de leur propre indignation qui est le seul alcool dont ils retirent un semblant de jouissance. Et cette dramatisation à outrance couplée à une inversion sidérante de la réalité – les autochtones opprimant les islamistes (?!) – est l’excuse pour théâtraliser leur posture narcissique de “bons Samaritains”.

Narcissisme et cynisme en étant les deux ingrédients principaux.

On comprend donc que cette guerre avec le monde musulman – une guerre vieille de 13 siècles dont la seule variable est la ligne de front à travers les époques – ruine soudainement l’aspiration eschatologique de ces trotsko-démocrates post-chrétiens. Ceci pour ne rien dire du “shoot” d’autosatisfaction qu’ils s’envoient de façon ritualisée à chaque fois qu’ils volent au secours de la veuve musulmane et de l’orphelin africain.

Cette guerre rappelle, précisément, que “l’autre”, c’est la guerre. Une guerre qui ruine l’accès à la dose quotidienne de “came moraliste” à laquelle sont addicts nos militants de la fraternité universelle.


6 Comments

  • MartinaB

    August 27, 2016

    Excellentissime! Je crois que tout y est dans ce décryptage . Une forme d’ analyse sous l’ angle culturel et aussi psychologique ( pour ne pas dire psychiatrique..)est à mon sens la plus valable
    merci à vous de tenir bon Boris.

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  • carine

    August 27, 2016

    Article magistral. Je suis sur le cul.
    Boris vous êtes un génie

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  • Aimé

    August 27, 2016

    Une fois de plus , Boris nous livre ici une flagrante vérité , que des millions de Français ne veulent pas voir par peur de la reconnaître . Une fois de plus , ce matin , les extrémistes Musulmans ont gagnés . Avec l’abandon des maires interdisant les dérives sectaires sur les plages a leur propre sorts ; L’état Islamo-Socialiste nous rappelle cruellement la capitulation face aux masses Musulmanes d’Alger en 1962 et l’abandon des pieds noirs a leur sort

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  • Allen F Mackenzie

    August 27, 2016

    Excellent, vraiment. Félicitations

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  • Léo

    August 27, 2016

    Je me joins à cette série élogieuse pour saluer votre érudition et votre esprit de synthèse, choses rares quand quelqu’un les détient ensembles. D’autant plus rares qu’elles sont servies par une élégance de la langue.

    Le thème du modernisme philosophique – le subjectivisme, est pour moi l’origine profonde de la décadence occidentale. À en sentir les frémissements dans la vieille querelle nominaliste dites “des universaux ” ( la Réforme en est la manifestation religieuse et pour ainsi dire le prodrome de cette maladie degenerative qu’est le modernisme ), on mesure aujourd’hui la formidable puissance de cet épicentre historique . Je m’interroge . Si les moments que nous vivons sont la fin d’un cycle historique de plus de sept siècles, l’onde de choc de ce séisme a-t’-elle fini de se propager dans la conscience occidentale. Pouvons-nous nous résoudre à la mort de notre chere civilisation chrétienne , vieille carne intoxiquée et puante ?
    Le Levant ne prendra pas les précautions pour trier le grain de l’ivraie, nous seuls pouvons sauver ce qui peut l’être. Que faire ?

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  • Hagalaz

    August 28, 2016

    Il y a aussi plusieurs choses à prendre en compte.

    Il ne faut pas aussi perdre de vue que la logique de l’homo œconomicus a eu une conséquence plus que désastreuse sur l’évolution de notre société.

    On peut même considérer que la France et que la plupart des pays européens sont devenus des hôtels de passe dont l’unique but est de se vendre aux plus offrants, et ces derniers temps aux Qataris et aux Saoudiens.

    C’est le logique du profit, de l’avoir, du Capital qui s’impose à tout et pour tout. Lorsque je vois un Pierre Sautarel qui justifie la vente de l’un de nos châteaux à un prince qataris ou saoudien (je ne sais plus mais peu importe) au prétexte que ce dernier peut entretenir, je me dis fort logiquement que cette mentalité de petits bourgeois peut se généraliser et transformer la France en une gigantesque maison close qui prête son cul aux plus fortunés. Car en cédant notre patrimoine, nous cédons aussi une grande partie de notre identité et de notre âme.

    Et après analyse de notre situation actuelle, ce cas n’est-il pas extensible à l’ensemble de la France ? N’avons nous pas des hommes politiques achetés par des lobbyings, dans l’unique finalité de leur existence est l’accumulation matérielle et la rente qu’ils vont bénéficier à la fin du mois ou soutirer des petites gens ?

    Comme le dit si bien un François Bousquet, qu’est-ce qu’un entrepreneur du crime, si ce n’est un homme qui cherche à maximiser ses profits, et qui considère que les risques qu’il prend en vendant de la drogue sont moins importants que les bénéfices hypothétiques qu’il fera sur la drogue ou la prostitution ?

    Parce que au fond, c’est ça la logique du Capital et du profit : l’argent comme une finalité.

    C’est exactement l’inverse d’un Corléone dans le Parrain qui considérait que des valeurs comme l’Honneur étaient supérieures à l’argent que pouvait générer les trafics de drogue ou de la prostitution. Certains choisissent la morale, l’honneur, d’autres choisissent l’argent. C’est le travers de la Bourgeoisie qui a pris le pouvoir en France et dans les pays européens. L’argent pour ces gens là devient une fin en soi.

    Aujourd’hui, nous en sommes là, Si l’appât du gain devient supérieur à toute morale, pourquoi s’étonner si des individus peu scrupuleux préfèrent délocaliser ou faire appel à l’immigration de masse pour baisser les salaires des autochtones, et ainsi accumuler toujours plus d’argents qu’ils enverront ensuite dans les paradis fiscaux, afin de leur épargner toute dépense liée à l’entretien de ces mêmes populations du tiers monde. Et n’oublions pas que les tensions exacerbées par les sociétés cosmopolites sont aussi un moyen comme un autre de créer de la compétition interne, et donc de dégager encore plus de bénéfices entre les individus ?

    Les gens de droite en général et la petite bourgeoisie, de part son égoïsme et son état d’esprit de petits boutiquiers, de petits commerçants n’ont pas compris que la logique de la rente et du banquier, ont bien plus sûrement contribuer à détruire leurs traditions que nul autre cause. Car c’est cette logique là qui finit par les posséder.

    Et je rajouterais que la maximisation du profit ne sert qu’une cause : la logique de la consommation et l’exacerbation de l’individu roi qui n’est animé que par la réponse à ses pulsions, à ses désirs personnels et immédiats afin d’entretenir la production qu’il en résulte. Il faut donc libérer, détacher les individus de toute forme de devoir, de morale qui pourrait freiner ou éloigner ces individus de cette consommation frénétique délibérément provoquée.

    La société actuelle cherche ainsi à émanciper les individus de leurs traditions en développant leur narcissisme, leurs libertés individuelles, qui transcendent absolument tout et qui est exacerbé par le relativisme absolu de notre époque : il n’y a pas de vérité. Il y a des droits de partout et des devoirs nulle part, mis à part participer à la société de consommation. Aucune limite. La frontière et la barrière deviennent des maux en soi. Tout chose comporte une vérité en soi et tout est donc potentiellement bien et beau à partir du moment où cela génère de l’argent, même la plus abjecte des choses.

    Seul compte l’économie et l’argent généré par la consommation. Parce que après tout, si la valeur monétaire est la seule chose qui nous importe, la seule finalité de notre existence, pourquoi ne pas vénérer des individus comme Rihanna et le premier rappeur venu qui gagne beaucoup de frics ? Voilà pourquoi il y a eu inversion de valeurs, inversion de perspectives. C’est l’alliance des libéraux et des libertaires dirait un François Bousquet.

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