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Russian soldiers wearing Red Army World War II uniforms  take part in the military parade on the Red Square in Moscow on November 7, 2015. Russia marked today the 74th anniversary of the 1941 historical parade, when the Red Army soldiers marched to the front line from the Red Square, as Nazi German troops were just a few kilometers from Moscow. AFP PHOTO / KIRILL KUDRYAVTSEV

Quand la Russie libérera l’Allemagne : à l’aube de la révolution spirituelle européenne

Alors que je prépare un article sur la question de “l’Être du peuple” et le nationalisme breton, je retombe sur certains extraits d’une correspondance entre le Français Ernest Renan et l’Allemand David Strauss en date de l’été 1870. Vous allez voir qu’il n’y a aucune rupture dans le cours de l’histoire et que, à l’heure actuelle, nous nous situons dans un processus dialectique dont la compréhension est essentielle pour l’avenir de l’Europe.

La France et la Prusse s’affrontent alors violemment et les deux hommes échangent sur la guerre en cours. Tandis que la France s’effondre, Renan tente de convaincre son correspondant de ce que l’annexion de l’Alsace serait une erreur. La confrontation des deux visions est l’occasion d’un échange où les catégories les plus diamétralement opposées s’expriment, résumant l’enjeu plus général.

Ce débat donne, en fait, le vertige. Parce qu’il témoigne des enjeux idéologiques et existentiels qui dépassent de beaucoup le sort des Alsaciens.

Pour l’Allemagne, l’enjeu, c’est l’unité nationale. Chez les Allemands, celle-ci n’est pas prédéfinie par un état, une bureaucratie ou les fortunes d’une dynastie, mais par une culture commune qui se joue des frontières du passé. Le peuple allemand a pris conscience de lui-même et la force de ce peuple remet en cause tous les états de fait hérités des siècles passés.

Ainsi, pour l’Allemagne de 1870, ne pas annexer l’Alsace germanophone alors que la France est défaite, équivaudrait à nier même de l’existence de la nation allemande. Il s’agit donc, pour les Allemands, de libérer l’Allemagne, toute l’Allemagne.

C’est presque par hasard, en raison de trois départements, que la France et la jeune Allemagne se télescopent. Ernest Renan, s’adressant à l’Allemand David Strauss, écrit :

“Si l’on nous démembre c’est la guerre de revanche et l’alliance russe. Si l’on nous ménage, nous oublierons et formerons avec l’Allemagne et l’Angleterre une alliance dont l’effet sera de conduire le monde dans les voies de la civilisation libérale.”

On notera que pour Renan – et tous les nationalistes français de l’époque – la seule annexion de l’Alsace et de la Lorraine équivalait à un “démembrement” complet. Ce qui est du point de vue idéologique français – mais non des faits – correct pour des raisons trop longues à développer ici.

Cette affirmation allemande de la culture comme fondement de la nation remet en cause radicalement l’ordre international établi par le Traité de Westphalie, au 17e siècle. Ce traité, qui couronne la souveraineté des états quant à leurs affaires intérieures, est le produit des guerres de religions ayant anéanti l’Europe de la Renaissance. Avant la culture, ce fut l’appartenance religieuse qui fit soudainement imploser les états féodaux existants.

L’unité allemande n’était au 19e siècle qu’un nationalisme parmi des dizaines d’autres qui s’éveillaient et aboutirent, en 1914, à l’explosion de l’Autriche-Hongrie.

Pour la France, la lutte pour l’Alsace constitue un enjeu majeur dans le cadre de la préservation du dynamisme de son mythe fondateur hérité de 1789 : l’égalité. Conserver l’Alsace dans le giron français c’est, pour Paris, conjurer le spectre de la décadence et du reflux de son rayonnement au profit d’une Allemagne qui impose ses catégories philosophiques dans le champ politique et géopolitique. La culture contre le juridisme, en somme.

La guerre d’extermination entre Germains et Slaves

Renan déplore les excès de certains Allemands voulant « dominer l’Europe par une action universelle de la race germanique » frénésie, dit-il, « bien chimérique ». Il ajoute :

“Un œil pénétrant verrait peut-être dès à présent le nœud déjà formé de la coalition future [anti-allemande, NDLR]. Les sages amis de la Prusse lui disent tout bas, non comme menace, mais comme avertissement : “Malheur au vainqueur” !

L’Allemagne, en se livrant aux hommes d’État et aux hommes de guerre de la Prusse, a monté un cheval fringant qui la mènera où elle ne veut pas. Une suspicion universelle contre votre puissance d’assimilation, contre vos écoles va se répandre. Un vaste effort pour écarter vos nationaux que l’on envisagera comme les avant-coureurs de vos armées sera pour longtemps à l’ordre du jour.”

Sans surprise, Renan développe les thèses de l’égalité héritées de 1789 et tente dans sa lettre d’amadouer le Germain conquérant et sûr de lui. Il perçoit, à l’autre bout du spectre, la radicalité naissante des Allemands :

“Notre politique, c’est la politique du droit des nations ; la vôtre, c’est la politique des races : nous croyons que la nôtre vaut mieux. La division trop accusée de l’humanité en races, outre qu’elle repose sur une erreur scientifique, très peu de pays possédant une race vraiment pure, ne peut mener qu’à des guerres d’extermination, à des guerres « zoologiques », permettez-moi de le dire, analogues à celles que les diverses espèces de rongeurs ou de carnassiers se livrent pour la vie. Ce serait la fin de ce mélange fécond, composé d’éléments nombreux et tous nécessaires, qui s’appelle l’humanité. Vous avez levé dans le monde le drapeau de la politique ethnographique et archéologique en place de la politique libérale ; cette politique vous sera fatale.”

En fait de “nations”, les Français n’ont jamais compris ce que ce terme signifiait, confondant “état” et “nationalité”. Le terme “nation” provient du latin “natus”, “naître”, renvoyant à la filiation biologique d’une communauté. Ce “genos” en grec est défendu avec vigueur par les Allemands qui y voient le foyer originel de “l’ethnos”, la culture “nationale”. Renan parle donc en réalité du “droit des états” et non du “droit des nations”, statu quo étatique que l’écrivain français brandit contre le “droit des peuples” révisionniste qu’incarne le nationalisme allemand.

Posé en ces termes, le millénarisme égalitariste – sur lequel la France avait bâti ses prétentions géopolitiques – s’effondre. La solidarité ethnique et les réalités raciales et culturelles convainquent de sénilité la réaction étatique française qui s’appuie quant à elle sur l’égalité abstraite et son ordre légal.

Ce que Renan appelle la “politique ethnographique” n’est autre que la définition même de tout état véritablement “national”, par opposition à l’état “libéral” ou “social”, cette construction juridique sans substance ni assise durable.

En fait, l’écrivain français adopte, sans le savoir, une politique qui se radicalisera parallèlement à celle de l’Allemagne, mais en sens contraire.

Le procès qu’il fait aux Allemands sera donc, aussi, celui de la France, comme nous allons le voir plus bas. Futilement occupé à défendre l’héritage de 1789 pour faire vivre la fiction d’une France encore pertinente historiquement, Renan n’en perçoit pas moins justement les mécanismes qu’engendrera le nationalisme allemand au plan européen :

“Comment pouvez-vous croire que les Slaves ne vous feront pas ce que vous faites aux autres, eux qui en toute chose marchent après vous, suivent vos traces, pas pour pas… Chaque affirmation du germanisme est une affirmation du slavisme […] Le Slave, dans cinquante ans, saura que c’est vous qui avez fait son nom synonyme d’esclave : il verra cette longue exploitation historique de sa race par la vôtre, et le nombre du Slave est le double du vôtre, et le Slave, comme le dragon de l’Apocalypse dont la queue balaye la troisième partie des étoiles, traînera un jour après lui le troupeau de l’Asie centrale, l’ancienne clientèle des Gengis Khan et Tamerlan […] Mais si un jour les Slaves viennent revendiquer la Prusse proprement dite, la Poméranie, la Silésie, Berlin par la raison que tous ces noms sont slaves […] qu’aurez-vous à dire ?”

“Guerre de revanche”, “Alliance franco-russe”, “guerre d’extermination entre Germains et Slaves”, “ruée des masses asiatiques” au cœur de l’Europe : telles sont les anticipations de Renan pour le XXème siècle. Indépendamment de ses convictions idéologiques, le raisonnement est logique et va se révéler exact, au détail près.

Lors du 17e congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique, en 1934, Staline aborde à mots à peine couverts la nouvelle situation politique allemande et l’accession d’Adolf Hitler à la chancellerie. Le nouveau chancelier s’est donné pour mission d’achever l’unité nationale des Allemands entreprises par Frédéric Le Grand et Bismarck et, à ce titre, de réviser les conséquences de la défaite allemande de 1918.

Comme on peut le lire, le maître de l’URSS est parfaitement renseigné des écrits et intentions profondes du nouveau chef de l’Allemagne :

“Cependant, d’autres pensent que la guerre devrait être menée par une “race supérieure”, disons, la “race” allemande, contre une “race inférieure”, et en premier lieu contre les Slaves, que seulement une telle guerre peut apporter une issue à la situation, car c’est la mission qui échoie à la “race supérieure” de rendre la “race inférieure” productive en la gouvernant. Admettons que cette théorie étrange […] soit mise en pratique. Quel pourrait être le résultat de cela ?

Il est bien connu que la Rome antique regardait les ancêtres des Allemands et des Français actuels de la même façon que les représentants de la “race supérieure” regardent à présent les races slaves. Il est bien connu que la Rome antique les traitait comme une “race inférieure”, comme des “barbares”, destinés à vivre dans une éternelle subordination à la “race supérieure”, à la “grande Rome”, et, entre nous il se dit que Rome avait quelques bonnes raisons pour le penser, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on parle des représentants actuels de la “race supérieure”. Mais quelle fut la conséquence de cela ? La conséquence fut que les non-Romains, tous les “barbares”, s’unirent contre l’ennemi commun et firent chuter Rome. La question se pose : quelle garantie y a-t-il que les revendications des représentants de la “race supérieure” d’aujourd’hui ne mèneront pas aux mêmes lamentables résultats ? Quelle garantie y a-t-il que les fascistes littéraires de Berlin seront plus heureux que les vieux et expérimentés conquérants de Rome ? Ne serait-il pas plus correct de supposer que c’est le contraire qui sera le cas ?”

Près de 64 ans séparent les observations de Renan et ce discours de Joseph Staline. Discours du tyran rouge qui, en lui-même, s’avéra juste dans ses anticipations, à l’instar de celles de l’écrivain français.

La haine atavique envers les Slaves des éléments les plus radicaux du pangermanisme, Hitler en tête, limita instantanément les possibilités diplomatiques et militaires de l’Allemagne. Même dans les territoires ayant accueilli la Wehrmacht en libératrice en 1941, comme l’Ukraine, la terreur imposée par les forces d’occupation, dont la SS, aboutit à un revirement presque instantané.

Le plan de “colonisation” allemand – le “Generalplan Ost” – explorait les possibles exterminations et déplacements de dizaines de millions de Slaves, qu’ils soient ukrainiens, biélorusses, polonais ou russes.

Du “Grand Empire Germanique de la Nation Allemande” voulu par les nationaux-socialistes, il ne reste, en 1945, plus rien. La Prusse Orientale, la Poméranie, la Silésie conquise par Frédéric Le Grand, toutes ces provinces ont été perdues, comme l’annonçait précisément Ernest Renan.

Berlin n’est plus qu’un monceau de ruines occupé par l’Armée Rouge, dont une bonne part de Mongols. L’Alsace est livrée à une francisation à outrance. L’Autriche est réinstaurée comme état indépendant. Des millions d’Allemands ont été chassés de leurs terres ou victimes de nettoyage ethnique à grande échelle.

En Europe, la conclusion de la Seconde Guerre Mondiale est d’abord une victoire historique des Slaves sur les Allemands. Elle a été rendue possible par l’alliance du panslavisme porté par l’URSS de Staline et la coalition des démocraties anglo-saxonnes.

Démantèlement de la nation allemande

Suivant en cela l’état d’esprit d’Ernest Renan, la France mais aussi la Grande-Bretagne, les USA et l’URSS veulent définitivement anéantir ce que l’écrivain français qualifiait de “politique ethnographique”, plus connue de nos jours sous l’adjectif de “nationalisme” ou de “racisme”. Il s’agit de détruire la révolution philosophique et idéologique portée par l’Allemagne contre les idées de 1776, de 1789 et de 1918.

C’est tout l’objet des procès de Nuremberg et de la politique de “dénazification” qui se poursuit de facto jusqu’à aujourd’hui. Pour la première fois, la défaite militaire totale de l’ennemi ne suffit pas aux belligérants victorieux : un processus judiciaire et idéologique s’ajoute à l’effort de guerre premier.

Les autorités françaises sont alors, comme aujourd’hui, obsédées par l’unité allemande et identifient dans l’origine philosophique même du nationalisme allemand le facteur déterminant de l’émergence du national-socialisme.

Il s’agit pour les vaincus de 1815, de 1870 et de 1940 de convaincre les Alliés de la nécessité de démanteler l’Allemagne une bonne fois pour toute. Ce faisant, ce n’est pas seulement le national-socialisme fondé en 1919 que la France veut éradiquer, mais l’idée même de nation allemande comme son principe fondateur : la nation culturelle (Kulturnation) contre la “nation” d’état (Staatsnation). Terme qui, en français, constitue un parfait contresens.

A cette date, l’Allemagne est de facto divisée en deux grandes entités : les zones d’occupation alliées et soviétique. L’État Allemand a disparu et le plan américain dit “Morgenthau” est mis en œuvre. Il vise à ramener le peuple allemand à un état de développement économique proche de celui qui était le sien au 18ème siècle, c’est-à-dire d’économie agricole. Le plan prévoie que le processus mène à la mort de millions d’Allemands auquel il faut ajouter des millions de déportés.

Face à la montée des tensions avec le Bloc de l’Est sous tutelle soviétique, les Alliés cessent progressivement de démanteler l’économie et les structures administratives allemandes et permettent en 1949 la constitution d’un état tampon vassalisé : la République Fédérale d’Allemagne (RFA). Cette annonce précipite la création de la République Démocratique d’Allemagne, un état communiste dans la zone orientale occupée par l’URSS.

Ce sont ces deux créations, notamment dans la partie occidentale de l’ancien Reich (RFA), qui marque la fin de la nation allemande, sujet sur lequel je voulais précisément revenir et dont les conséquences apocalyptiques vont peser sur nous.

Le “trou noir” allemand

Il n’est pas étonnant que les Alliés aient recherché à détruire un ennemi qu’ils avaient affronté durant deux guerres d’une ampleur inédite dans l’histoire. L’objet de mon texte n’est pas d’y revenir. Ce qui interpelle, c’est le coût à venir que va faire peser sur nous le manque d’une vision historique pénétrante chez les vainqueurs. Incapacité innée des démocraties capitalistes, seulement guidées par l’optimisme philosophique anglais et français du 18ème siècle.

La restauration de deux “états” en Allemagne n’a aucunement signifié la renaissance de la nation allemande, non plus que la fusion de ces deux états en octobre 1990. Car le principe fondateur même de la nation allemande, la “Kulturnation”, a été détruit formellement le 23 mai 1945 à Flensbourg, près de la frontière danoise, lorsque les Alliés ont dissous le dernier gouvernement national allemand, celui du Reich.

L’état opérant actuellement en Allemagne est inspiré d’une philosophie étrangère, d’importation anglo-saxonne et française, qui marque, d’une certaine façon, la réalisation du rêve de Renan :

“Nous [la France, NDLR] oublierons et formerons avec l’Allemagne et l’Angleterre une alliance dont l’effet sera de conduire le monde dans les voies de la civilisation libérale”.

Ce rêve d’amalgamer l’Allemagne continentale au bloc anglo-français se réalisera à l’initiative des USA en 1949. Mais cette rupture forcée se fit au prix de la négation même du cours historique du fait national allemand.

L’état opérant en Allemagne est, tout au plus, un état de type néo-colonial, d’importation.

Ce n’est donc pas le seul “Troisième Reich” qui a été jugé et condamné entre 1945 et 1947, mais la nation allemande en son principe fondateur. Cette dénaturation impulsée de l’extérieur revient à une acculturation aliénante de l’Être allemand qui s’est couplée, comme on sait, à une guerre idéologique permanente dont une des conséquences a été la culpabilisation du peuple allemand et sa “reconfiguration psychologique” profonde jusqu’à nos jours.

Comprenons bien : la légitimité même de la République Fédérale d’Allemagne repose sur sa capacité à empêcher le “demos” allemand – la communauté politique – d’être l’expression de l’Être allemand, du “volksgeist”, qui trouve sa source dans son “genos” et son “ethnos”. Cette république “antinationale” et “anticulturelle”, produit de la contre-révolution alliée et soviétique en Allemagne, accouche sous nos yeux d’un monstre dont les pères “biologiques” occidentaux et communistes n’avaient pas entrevu avec quelle force il viendrait hanter leurs propres descendants, telle une malédiction divine.

Et c’est là que l’on peut dire avec Ernest Renan : “Malheur au vainqueur” !

Ce monstre, je le comparerais à un “trou noir” qui attire irrésistiblement tout ce qui gravite autour de lui pour l’engloutir dans le néant.

Un abysse git au milieu de l’Europe et cet abysse va nous rappeler qu’on ne peut se jouer impunément de l’ordre et de la nature des choses.

Psychologie allemande

Les Français ne connaissent pas la psychologie profonde des Allemands. Leur innocence couplée à un caractère émotif font de ce peuple une personnalité collective au caractère passionné. Les Français confondent généralement la passion et l’expression, prenant l’Allemand pour un être froid, austère et sévère.  Au contraire, l’Allemand, loin d’être maître de ses émotions, alterne entre les moments d’euphorie et les épisodes de dépression aggravées. L’Allemand est passionné tout en demeurant maître de son expression tandis que le Français est cérébral mais très expressif. Ce qui en fait un bavard à l’esprit léger – mais bien articulé – là où l’Allemand est profond mais d’expression maladroite, voire rustre. Ce caractère passionné fait du peuple allemand un peuple porté à l’impulsivité.

Certes, Ernest Renan entrevoyait les fureurs sanglantes que le jeune pangermanisme allait générer. Mais en évoquant l’hypothèse d’une “Allemagne libérale” alignée sur la France et la Grande-Bretagne, il touchait du doigt une tentation occidentale aux conséquences bien plus dévastatrices. Tentation qui fut mise en œuvre par les revanchards de 1945 et dont les conséquences ne vont plus tarder à peser sur toute l’Europe.

Une première tentative eut lieu en 1918. On arguera du fait qu’elle fut le fait des Allemands eux-mêmes. Mais dans quel contexte ? Celui de la défaite et de la faim sur lesquelles prospèrent toujours les ferments de dissolution. Paradoxalement, elle fut aussi une phase d’épouillage nécessaire, de destruction d’un ordre qui n’avait plus que l’apparence de ce qu’il devait être. La révolution sociale-démocrate allemande, pour une involution de l’Être allemand qu’elle fut, était nécessaire à la marche en avant éternelle des hommes et des peuples. Il ne peut y avoir de résistance à la décadence sans décadence, de lustration sans encrassement.

Lorsqu’ils implantent en 1945 de l’extérieur le drapeau victorieux des idées des Lumières au cœur de la jeune Allemagne vaincue, les Alliés occidentaux et soviétiques ont fait de cette fontaine en crue un siphon dont ils ne soupçonnaient pas qu’il entraînerait le continent une troisième fois dans le chaos.

De l’euphorie radicale des heures de triomphe du national-socialisme, le peuple allemand est passé à l’abattement complet de la défaite. De sa passion guerrière et destructrice, il est passé à celle du masochisme et de l’autodestruction. Le peuple allemand contemple aujourd’hui, avec le même fanatisme que sous le Troisième Reich, le spectacle de son anéantissement.

En privant le peuple allemand de son centre, de l’accès à sa personnalité profonde, les Alliés et les Soviétiques ont créé un abîme terrifiant dont la force d’attraction est proportionnelle au dynamisme naturel de l’Allemagne. Cette fois, le génie national allemand ne pourra pas être blâmé. Les Allemands auront fait précisément ce que ses vainqueurs voulaient d’eux : qu’ils cessent d’être allemands.

Mais quel être humain peut durablement se conformer à une telle obligation de mort psychique sans devenir suicidaire ? Seule l’Allemagne, cette Allemagne, pouvait décider d’accueillir plus d’un million de migrants musulmans en un an, préfigurant la suite.

Angela Merkel ne variera pas, de la même façon qu’Adolf Hitler n’a pas varié. L’Allemagne s’avance sur le chemin de son anéantissement avec discipline et passion.

La révolution spirituelle russe et l’éveil de l’Être allemand

Ce processus destructeur, ce gouffre, va générer une confrontation entre le phare du monde slave, la Russie, et celui de l’Occident, l’Amérique.

L’anarchie allemande croissante produite par l’aliénation de l’Allemagne provoquera inévitablement l’implosion de l’Europe à son épicentre, entraînant dans son sillage les deux grands pôles qui s’affrontent pour le contrôle d’un continent dépourvu de principe organisateur propre. Pour l’Amérique, il s’agit de maintenir l’ordre tandis que pour la Russie il s’agit de changer d’ordre.

De fait, l’effondrement de l’URSS a permis aux Anglo-Américains et à leurs vassaux français de pousser leur domination toujours plus loin à l’Est. Aujourd’hui, leurs armées stationnent dans les Pays Baltes, en Roumanie et en Pologne et s’infiltrent même en Ukraine. Un tel déséquilibre porte aux frontières de la Russie la rage nihiliste de l’athéisme matérialiste alors même que la nation russe, libérée du virus socialiste, devient une superpuissance spirituelle, un condensateur colossal de l’invisible.

Cette proximité appelle inéluctablement à une décharge de foudre frappant le cœur de l’Allemagne pour rétablir l’équilibre. De la même façon que l’occidentalisation “libérale” de l’Allemagne voulue par les Alliés visait à détruire le principe spirituel de la nation allemande, la “libéralisation” matérialiste de la Russie entend détruire l’Être russe pour lui faire adopter le masque grimaçant de l’idéologie occidentale. Pareillement, seule une guerre d’anéantissement peut en résulter, mais d’une intensité beaucoup plus grande, car l’Être allemand n’était pas éveillé spirituellement mais seulement “historiquement”, à la différence de l’Être russe contemporain.

La révolution spirituelle et nationale que met en mouvement la Russie va nécessairement poser à nouveau la question nationale allemande que les vainqueurs de 1945 avaient cru exorciser. Phénomène encore intensifié à la faveur de la catastrophe ethnique et raciale que représente l’immigration afro-musulmane.

L’Être russe va faire resurgir du tombeau l’Être allemand, comme par instinct, afin d’alléger la pression occidentale à ses frontières. Il va, par ses pas aux échos d’orage, sortir l’Être allemand de sa dormition. Cette “guerre de partisans des consciences” est déjà à l’œuvre sur les arrières de l’Otan.

Comment l’Allemagne sera-t-elle libérée ? Les modalités sont encore des hypothèses. Mais la guerre de libération spirituelle que mène déjà, à ses frontières, la Russie ne peut qu’éveiller tous les pôles spirituels du continent, c’est-à-dire les bastions endormis du christianisme milicien.

Une inconnue demeure : celle de l’Être allemand lui-même. Car il n’a pris conscience de lui-même qu’à l’écoute de son caractère, fait de passions, et expressément contre sa foi chrétienne qu’il tenta de compenser par un animisme nordique de bazar. L’Être allemand a conditionné l’éveil de sa conscience par l’engourdissement parallèle de son âme, rejetant sa fonction impériale inclusive et ordonnatrice au profit de celui, trop étriqué pour lui, d’un état strictement national.

A la différence de l’empire fédératif russe, articulant les nationalités autour de son cœur slave orthodoxe, la jeune nation allemande en rejeta le principe multinational tout en continuant d’aspirer à l’empire, livrant l’Allemagne à la guerre d’extermination contre ses voisins.

La Russie peut, à la faveur d’une guerre défensive à ses marches, enclencher une guerre de libération spirituelle de l’Europe et faire de l’Allemagne le pilier d’une fédération européenne inspirée par elle. La Russie, tel Saint Jean-Baptiste, peut annonce la Bonne Nouvelle.

L’Europe l’attend.


19 Comments

  • carine

    September 16, 2016

    Encore une superbe analyse. Boris vous êtes épatant.

    Reply
  • Louis-Ferdinand

    September 16, 2016

    “L’Alsace est livrée à une francisation à outrance.” En effet, après la défaite de 1945, et cela durant les années 50 et 60, les écoliers étaient interdits, sous peine de sanctions physiques, de parler alsacien à l’école.
    “On notera que pour Renan – et tous les nationalistes français de l’époque – la seule annexion de l’Alsace et de la Lorraine équivalait à un “démembrement” complet. Ce qui est du point de vue idéologique français – mais non des faits – correct pour des raisons trop longues à développer ici.”
    Ce développement m’intéresserait au plus haut point, si un jour l’actualité s’y prête !
    Il semble qu’un élément de réponse soit apporté au paragraphe suivant: “Pour la France, la lutte pour l’Alsace constitue un enjeu majeur dans le cadre de la préservation du dynamisme de son mythe fondateur hérité de 1789 : “l’égalité. Conserver l’Alsace dans le giron français c’est, pour Paris, conjurer le spectre de la décadence et du reflux de son rayonnement au profit d’une Allemagne qui impose ses catégories philosophiques dans le champ politique et géopolitique. La culture contre le juridisme, en somme.”
    Est ce dans ce cadre qu’il faut lire le maintien (jusqu’aujourd’hui) de l’Alsace-Moselle sous concordat? Ce particularisme constitue un traitement de faveur peu commun du jacobinisme parisien. Et une entorse à l’égalité. Est ce à dire que Strasbourg vaut bien une messe?
    Cordialement.

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    • Boris

      September 16, 2016

      Absolument. J’aurai l’occasion de dire mon avis sur la question. Pour le concordat, l’abolition récente de la “région” Alsace devrait convaincre les plus naïfs de ce que le programme français ne change pas : 1789 et son néant, de gré ou de force. Valls s’est osé à un “Le peuple alsacien n’existe pas” en pleine assemblée. Ce métèque catalan devra en répondre, comme du reste.

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  • Apophis

    September 16, 2016

    Une contre-attaque slave contre l’Allemagne menée par une URSS qui n’avait que peu de slaves à sa tête, en fait, elle-même mue par une idéologie étrangère aux slaves.

    Je ne suis pas sûr que le Generalplan Ost aurait été vraiment appliqué, tout du moins aussi brutalement que ce qui a été évoqué. Enfin bon, on ne saura jamais.

    C’est sûr que les Allemands n’ont pas fait preuve de finesse envers les populations slaves dont ils envahissaient le territoire pour mettre un fin à la menace existentielle soviétique (qui était la raison de l’invasion de l’URSS et non le Lebensraum, même si l’occasion fait le larron) et qu’ils l’ont payé cher.
    Pourtant, ils avaient des arguments pour se les mettre dans la poche, comme le fait qu’ils étaient finalement eux aussi dominés et exploités par un ennemi commun, lequel leur parlait soudainement de “grande guerre patriotique”, alors qu’il vouait cette notion “réactionnaire” aux gémonies encore à peine un an auparavant et expédiait ceux qui s’en réclamaient au goulag. C’est que les petits malins savaient bien que leurs serfs n’allaient pas se suicider en masse contre les panzer au nom de l’Internationale cosmopolite, que seules les “valeurs réactionnaires” honnies pouvait les pousser ainsi à sacrifier leurs viandes.

    Petite anecdote, l’ennemi commun en question craignait justement de voir la populace sous son joug se rallier aux Allemands et il faisait régner la terreur dans les villes et villages qui s’apprêtaient à voir démarquer la Wehrmacht, en expliquant à la populace qu’elle n’avait pas intérêt à faciliter les choses ou à collaborer avec les Allemands, qu’ils avaient des espions, qu’eux allaient devoir fuir temporairement l’avancée de l’armée Allemande, mais que tôt ou tard, ils reviendraient avec l’armée rouge et qu’ils châtieraient impitoyablement tous ceux qui se montreraient trop conciliants avec les Allemands, ainsi que leurs familles.
    On reconnaît bien là l’esprit et les méthodes charmantes de ce peuple sûr de lui-même et dominateur.
    Ils avaient une peur bleue d’une éventuelle fraternisation germano-slave dont ils seraient les grands perdants, c’est aussi pour ça qu’ils ont mis au point la guerre des partisans, non seulement pour ralentir l’armée Allemande, mais aussi et surtout pour la pousser sinon à se vouer à des représailles sur la population, qui bien sûr va les haïr en retour, sinon à faire en sorte qu’il y ait trop de méfiance entre les deux pour qu’une conciliation soit possible.
    Ils adorent cette méthode qui, il faut bien le dire, est extrêmement efficace.

    Dans le même esprit, mais c’est un peu différent, leurs hommes ont tiré à la fois sur la police et sur les manifestants pendant manifestations qu’ils ont organisées à Maïdan en Ukraine, et c’est comme ça qu’ils ont rendu possible le coup d’Etat qui les a remis au pouvoir dans ce pays avec Porochenko.

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    • Boris

      September 18, 2016

      Hitler et Himmler et plus généralement les nationaux-socialistes étaient des anti-slaves pathologiques. Que les Slaves aient des défauts et n’aient pas la discipline collective des Allemands, c’est certain, mais cette obsession a mené l’Allemagne à sa ruine. Karl Haushofer dévéloppait les théories rigoureusement inverses de Hitler qui escamota toute sa géopolitique russophile. Idem pour l’aile gauche du NSDAP, pro-russe. Même en 1943, après Stalingrad, les nationaux-socialistes les plus lucides demandèrent à Hitler de virer Ribbentrop et de le remplacer par Schulenburg, un diplomate russophile. Le plan étant de négocier une paix séparée et d’enfin créer la fameuse alliance que Bismarck avait toujours définie comme fondamentale pour l’Allemagne. En vain, Hitler s’acharna.

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    • Boris

      September 18, 2016

      En 1941, Staline a russifié l’essentiel des postes clef de l’URSS. Le travail sera complété en 1947 presque en son entier.

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  • Apophis

    September 16, 2016

    Par contre je ne suis pas sûr de partager ton optimisme sur le futur des relations germano-russes.

    Pas que je sois contre, parce que si Trump perd en 2016 et que les USA et ses vassaux l’emportent, la race blanche est condamnée à être exterminée avant la fin du siècle.

    Le truc c’est que la Russie ne va pas si bien que ça. Poutine fait ce qu’il peut, mais faut savoir que comme en Amérique, la banque centrale Russe est privée, qu’il n’a aucun contrôle dessus, ni le parlement.
    La démographie n’est pas géniale non plus et les population d’Asie centrale musulmane colonisent l’ouest de l’Oural à vitesse grand V, tandis que les Chinois colonisent la Sibérie.

    Concernant les valeurs de 1945, l’orthodoxie est totale en Russie. C’est surement le pays qui châtie le plus les déviants à l’histoire officielle, bien plus que les pays occidentaux, un comble. Or cette même histoire officielle est synonyme de légitimité de la castration, voire de l’anéantissement du peuple Allemand. Ca va être difficile de les refaire tenir droit tout en maintenant cette vulgate.

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    • Boris

      September 18, 2016

      Je ne suis pas “optimiste”. Une crise va nécessairement surgir, c’est ce que je dis. L’Allemagne avance actuellement sous le parapluie américain, comme simple relais de Washington mais sans perdre ses intérêts marchands. C’est l’industrie qui commande en Allemagne.

      Je pense que le principal problème n’est pas en Russie, les Russes sont pragmatiques. Le problème en Allemagne est le fait que ce soit l’Allemagne du Nord, luthérienne et socialiste, qui ait pris l’ascendant sur l’Allemagne du Sud (Autriche comprise), catholique et conservatrice. La Prusse a été démantelée depuis longtemps, mais Berlin demeure le siège du gouvernement fédéral. Le problème est la contradiction interne à l’Allemagne depuis la victoire de la Prusse sur tous les Allemands, faisant du strict nationalisme la base de sa politique. Parce que la victoire de la Prusse est une victoire contre le Saint Empire. Les Second et Troisième Reichs ayant cette contradiction à son origine : le refus de l’empire traditionnel mais l’aspiration à la puissance impériale.

      Naturellement, l’Allemagne contemporaine n’est plus “nationaliste” mais a conservé la structure politique héritée de la Prusse et de ses tendances chauvines exacerbées. Merkel incarne parfaitement, dans sa version petite bourgeoise, cette gestion strictement allemande de la diplomatie berlinoise. On l’a vu en Grèce comme avec la catastrophe migratoire.

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  • Leo

    September 16, 2016

    Très juste Apophis. Je partage tes doutes concernant la Russie.

    Vous pardonnerez ma “bondieuserie”. Je crois que seule la religion catholique est capable de générer une force libératrice des nations européennes . Seul ” universel” possible car respectueux de l’essence naturelle des peuples .
    Je rappellerai que cet ” être allemand ” nationaliste , s’il est bien l’antithèse du ” non – être ” stato-nationaliste français , prête le flanc au liberalisme philosophique avant la lettre que constitue le protestantisme. Luther , révolutionnaire passionné et outrancier, personnifie à lui seul la tragédie psychologique allemande.

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  • Leo

    September 16, 2016

    Néanmoins, vous nous proposez là Boris, comme toujours, un panorama historique des plus intéressants .

    Loué sois tu , pour ton courage .

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  • Olivier

    September 17, 2016

    C’est un paradoxe que la France ait accouché du concept d’Etat-Nation”, car avec le Royaume-Uni et l’Espagne, la France est multiethnique, comme les basques, bretons, corses, alsaciens, flamands occitans… Le monolinguisme en France est très récent, il date de l’après-guerre voire par la génération née dans les années 50. Ma grand-mère parlait le rouergue et est née en 1922.
    Et beaucoup de ces peuples cités plus haut, sont partagés par des frontières comme les basques,catalans et occitans avec l’Espagne.
    Les deux seuls peuples qui ont leurs frontières exclusivement en France sont les bretons et les corses.
    Si l’élite française était intelligente, elle aurait proposé une fédération de ces peuples autour de son Etat, le plus développé en Europe. (sur le continent on a une armée et une diplomatie).
    Du coup avec le concept d’Etat-Nation, nous nous enfermons dans des frontières qui ne correspondent à rien.
    Tous ces peuples cités plus haut étaient dans l’Ancienne Gaule que voulait reconstituer Richelieu et a fait Napoléon.

    Pour Léo, je suis catholique, mais je vois que le catholicisme va très mal, et avec le pape actuel c’est pire. Elle a renoncé à tout rôle politique et l’élection du pape François a marqué les limites du pouvoir universel du pape. Il ne comprend rien à l’Europe et il est en Europe.
    J’attends l’avenir de l’Eglise, mais je pense que le Salut du christianisme se trouve en Russie, “la 3ème Rome”, et la ville de Saint Pierre (Saint Petersbourg). Je pense qu’elle va recueillir l’héritage romain. L’Orthodoxie a su garder ses traditions ce que n’a pas pu faire l’Eglise Romaine, et cela ne date pas de Vatican II, mais au moins du XIème siècle.

    Poutine a fait un effort pour redémarrer la natalité russe, il me semble.
    Il se peut que la Russie prenne l’Imperium en Europe, les peuples se rattacheront au seul Etat qui reste debout en Europe, c’est possible.

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  • JML

    September 18, 2016

    Un article passionnant, un éclairage peu exploré… pour aboutir à une apologie non critique de la spiritualité chrétienne. Ce dernier point est peu convaincant. La tendance naturelle du christianisme est vers les forces de destruction, vers le “tous les hommes sont frères” dont le dernier pape est un exemple caricatural. Rien ne peut inverser cette tendance. Si vous avez besoin d’une spiritualité, allez plutôt chercher du côté du taoïsme, qui ne prend pas les vessies pour des lanternes, en mixant avec un peu de shintoïsme ou culte des ancêtres, tout à fait adapté à notre situation, et commun dans les anciennes religions celtiques, germaniques etc avant d’avoir été détruit par le christianisme pour accomplir ses projets cosmopolites. Le “christianisme milicien” est une vieille invention de l’Empire romain (“in hoc signo vinces”), qui a eu une apogée au Moyen-Age, qui subsiste dans le monde orthodoxe, mais est mourant dans le monde catholique, mis en pièces par le cosmopolitisme depuis Vatican II. Vu de loin, vous n’avez pas besoin de ce guide qui ne peut plus mener nulle part, et vous avez sans doute les ressources pour vous créer votre propre religion. Si vous ne craignez pas d’enfreindre le code judéo-chrétien, demandez donc aux mânes de vos ancêtres, ou à n’importe quelle connaissance dans l’au-delà, ce qu’ils en pensent.

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    • Boris

      September 18, 2016

      Vous ne connaissez pas le christianisme.

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  • Léo

    September 18, 2016

    JML, vous confondez christianisme et cosmopolitisme , reprenant les fadaises telles que : ” le christianisme est la religion de le sortie de la religion ” . La distinction du temporel et du spirituel n’équivaut pas à une séparation, mais à une union de deux sociétés parfaites, État et Église , celle -ci étant seule la gardienne et l’interprète de la loi naturelle , ” participation de la loi Éternelle dans la créature raisonnable ( st Thomas d’Aquin ) . ” « Cette loi, disait Cicéron, n’a pas besoin d’être écrite, car elle est imprimée dans le cœur de l’homme ; elle est innée ; nous ne l’avons ni apprise, ni reçue, ni lue, mais nous l’avons tirée de la nature même… Elle n’est point autre à Rome, autre à Athènes, autre aujourd’hui, autre demain. Tous les peuples, tous les siècles sont soumis à cette règle universelle et immuable par laquelle Dieu les régit en seul maître et monarque souverain. »
    Les lois humaines tirent, en second lieu, des premiers principes de la loi naturelle ou de la loi positive divine des conséquences ou des applications ; elles déterminent soit le mode d’exécution, soit les conditions précises d’application de celles des lois naturelles ou divines positives dont le législateur suprême n’a pas réglé lui-même entièrement la mise en œuvre.

    Enfin elles posent une foule de prescriptions sur lesquelles la loi naturelle ou les lois révélées sont muettes et qui ont pour but d’augmenter le bien-être matériel et moral des hommes, ou de provoquer le progrès dans toutes les branches de l’activité humaine. Ces lois varient à l’infini selon les temps, les lieux et les pays.

    Mais quel que soit son objet, la loi positive humaine est subordonnée à la loi naturelle et à la loi divine positive. Le législateur humain peut donc établir la loi, pour assurer soit l’observation de la loi naturelle, soit le repos, la tranquillité, le progrès de la vie temporelle, mais en aucun cas il ne peut porter une loi qui serait contraire au bien de Dieu ou au bien de l’homme. Tout s’enchaîne logiquement : Le seul vrai fondement des droits de l’homme se trouve dans le droit de Dieu sur l’homme. Dieu a créé l’homme pour sa gloire : ce droit de Dieu est sauvegardé par la loi divine, naturelle ou positive. C’est de cette loi divine que dérivent les premier droits des individus, comme moyen d’atteindre leur fin, et aussi le pouvoir de procurer le bien commun que possède la société parfaite. Ce pouvoir s’exprime par la loi humaine, qui devient ainsi la source secondaire des droits. La loi humaine n’a donc d’autorité qu’en tant qu’elle dirige les actes de l’homme dans le sens de sa vraie fin. Voilà pourquoi saint Thomas donne de la loi cette définition : Une ordonnance de la raison, en vue du bien commun, promulguée par celui qui est chargé de la communauté.

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  • ERICBASILLAIS

    October 5, 2016

    Salut Boris,

    ton article est un angle intéressant qui me pose deux questions que tu devras résoudre si tu veux me convaincre ( je suis tout de logique, tu sais…) :

    1/ Existe-t-il une définition non littéraire de l’Être du Peuple ( quel que soit l’ethnos).
    2/ J’ai dû essayer de te contacter, il y a longtemps, au sujet, justement, de la question dite “spirituelle”. Sans réponse de ta part ( je crois être passé via Breizh à l’époque…). Passons. Puisque la question se retrouve posée directement par toi ici : de quelle “spiritualité” parles-tu ? Quelle garantie institutionnelle sont prévues à l’appui d’une spiritualité quelconque, pour que celle-ci ne soit pas juste une posture. L’Histoire fourmille d’imposteurs en la matière, que la spiritualité, la philosophie ou la religion soit transcendante ou séculaire d’ailleurs. Donc la vraie question est : quel sont les impératifs moraux ? Et comment les garantir ?

    J’espère que ta génération sinon la mienne ( j’ai 48 ans) posera enfin la question morale et surtout sa mise en équation institutionnelle. Je n’ai pas dit “républicaine”. Peu importe désormais, puisque ce système, en tentant de nous suicider, s’est lui-même suicidé. Il s’agit, non de le remplacer mais de le remplacer par quelque chose dont l’épure tient la route. Nos peuples sont très fatigués. On ne peut se permettre de perdre une génération avant d’apporter un semblant de solution.

    Bien à toi

    ERIC BASILLAIS
    Notes mon blog, Boris : je m’occupe d’ontologie justement…

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  • fin-gal

    October 10, 2016

    “en aucun cas il ne peut porter une loi qui serait contraire au bien de Dieu”

    pfff … putain mais quest ce que ca veut dire ce charabia semitique ???

    “Tous les hommes sont egaux devant Dieu” … on appelle ca le “vivre ensemble” aujourd hui ,point barre

    « Il n’y a plus ici ni Juifs ni Grecs, il n’y a plus ni esclaves ni libres, il n’y a plus ni homme ni femme, mais tous sont en Jésus-Christ » … “ni homme ni femme” ? ,l origine de la theorie du genre peut etre

    “Guerre à mort contre la dépravation – la dépravation est le christianisme” -Nietzsche –

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    • Léo

      October 15, 2016

      Afin de tirer les choses au clair, et pour en quelque sorte achever – faire accoucher , disait socrate- la question universalisme/ identarisme, je vous livre ce petit paragraphe issu d’un entretien de Michel de Jaeghere sur le site ” le rouge et le noir” :

      R&N : L’Eglise romaine se veut universelle. Son universalisme ne fait-elle pas d’elle un élément de dissolution pour les communautés politiques, comme le prétendent les tenants du néo-paganisme ?
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      M. De Jaeghere : Le christianisme n’invente pas l’universalisme. L’universalisme lui préexiste. La Grèce antique, dont la Nouvelle Droite se réclame, est aussi le monde de l’universalisme. Socrate, Platon ou Aristote sont à la recherche de vérités universelles sur l’homme, d’un Vrai, d’un Bien, d’un Beau qui se rient des frontières. Cela n’empêchera pas Socrate de participer comme hoplite à la guerre du Péloponnèse ainsi qu’aux discussions de l’Ecclesia d’Athènes ! Cette opposition entre universalisme et défense de l’identité, familière à la Nouvelle droite, me parait relever d’une erreur de perspective. Elle consiste à nous mettre devant un choix simpliste entre une identité dénuée de toute préoccupation universelle, et un universalisme coupé de toute racine. Or nous ne sommes ni purs esprits ni élevage de lapins. Nos âmes immatérielles sont mystérieusement liées à nos corps de chair, ce pourquoi le respect de notre identité est légitime et nécessaire, mais doit être une médiation vers l’universel. Maurras dit ainsi que c’est parce qu’il est provençal qu’il est français, parce qu’il est français qu’il se sent romain ; parce qu’il est romain qu’il est humain. En formant sa sensibilité au spectacle d’une allée de cyprès, du battement de la mer sur les rochers ou du moutonnement argenté des oliviers dans la plaine, des origines méditerranéennes peuvent prédisposer une âme à sentir la poésie d’Homère, d’Hésiode ou de Virgile. Mais Homère, Hésiode et Virgile ne sont pas pour autant des poètes du terroir ; ils ne chantent pas la Méditerranée pour nous inviter à y faire du cabotage ; ils prennent appui sur leur univers dans ce qu’il a de plus concret pour nous faire découvrir des idéaux, des sentiments, des vérités qui ont une saveur d’éternité.
      On peut à bon droit mettre en garde contre une dérive de l’universalisme qui conduirait à considérer comme illégitimes toutes les identités particulières. Parce qu’il est, une fois encore, corps et âme, il est dans la nature de l’homme d’avoir besoin d’enracinement. Il n’y a, justement, rien de plus universel que ce besoin. Mais l’enracinement n’est pas une fin : il est un moyen d’atteindre à l’universel en nous délivrant de nous-mêmes ; en nous enserrant dans une communauté et en nous ouvrant à des beautés qui nous font sentir qu’il faut, pour s’accomplir, se donner à ce qui est plus grand que soi.
      La critique de l’universalisme dévoyé est légitime : nous ne sommes pas des enfants trouvés destinés à mourir célibataires, des nomades sans terre, sans horizon, sans patrie. Nous sommes héritiers d’un passé et responsables d’un avenir ; nous sommes nés dans une famille, une communauté à laquelle nous sommes redevables, parce qu’elle nous a façonnés, nous à fait passer de la puissance à l’acte, nous a permis de devenir ce que nous sommes en nous donnant notre langue, nos mœurs et notre culture, nos habitudes, nos coutumes, notre façon de réfléchir, notre manière d’appréhender la vie. Cela nous crée à leur égard des obligations particulières, mais cela ne fait pas pour autant de nous, vis-à-vis des autres communautés, des autres hommes, des étrangers absolus.
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      Parce que nous partageons avec eux la condition humaine, et que celle-ci relève d’une certaine nature, invariante dans le temps et l’espace. Pour nous chrétiens, notre condition de fils de Dieu, dotés d’une âme immortelle, rachetés par la Croix, et appelés à la vie éternelle. Mais pour Platon, déjà, notre nature d’êtres doués de raison, d’âmes capables de dialoguer avec elles-mêmes ; pour Aristote notre condition d’animal politique.
      L’erreur de la pensée mondialiste, si prégnante aujourd’hui, est de délégitimer l’enracinement, en portant au paroxysme un individualisme absolu qui, du fait même de notre finitude, ne peut déboucher que sur le nihilisme : la mort est en définitive, le seul horizon qui s’offre à l’individu sans famille, sans passé, sans patrie. Rien ne le précède ni ne le continue. « Ceux qui pensent que le bien de l’homme est en la chair, et le mal en ce qui détourne du plaisir des sens, qu’ils s’en saoulent et qu’il y meurent », dit Pascal.
      Mais ce que j’appellerais « l’identitarisme » est une erreur symétrique. Récuser en effet tout universalisme pour s’en tenir au culte maniaque de la seule tradition des ancêtres, au seul soin de sa propre communauté politique, de son peuple, de sa race, dans l’indifférence absolue au monde qui l’entoure, revient à récuser l’unité de la nature humaine. Avec elle, l’idée qu’il existe un droit naturel, un ordre naturel du monde qui s’impose à nous, des lois non écrites qui nous interdisent de nous conduire, vis-à-vis de la création, en démiurges, et vis-à-vis de nos semblables, en tyran ivre de sa puissance ou en macaque libéré de sa chaîne. En critiquant, légitimement, un universalisme dévoyé, il ne faut pas couper l’identité de sa fin, qui est précisément d’atteindre à ce qui nous dépasse et qui nous accomplit. Défendre la légitimité de son enracinement dans une patrie, participer à sa défense et à sa protection, aux combats nécessaires pour sa survie, ne doit pas nous conduire à récuser l’existence d’une nature humaine qui fait de nous, aussi, les frères de tous les hommes. L’identitarisme, en refusant l’universel, se révèle comme une hypertrophie de la pensée moderne. Ses partisans se croient anti-modernes, parce qu’ils se disent prêts à s’oublier pour un idéal supérieur à leur propre vie. Mais le « nous » qu’ils vénèrent n’est au fond qu’un moi collectif, le reflet valorisant d’eux-mêmes. Ils sont en réalité beaucoup plus modernes qu’ils ne se l’imaginent.

      Reply
  • ericbasillais

    October 10, 2016

    Boris,
    cette fois c’est sûr, vous ne voulez pas de mes commentaires.
    Je ne vois pas ce qui vous fait peur mais vous le voyez sans doute.
    j’accepte cette peur…ai-je le choix ?

    Bien sûr cela invalide toute tentative de discussion de ce que vous dites et bien sûr cela jette, cette fois-ci de vous même, sans la médiation mal-intentionnée du système à votre encontre, un voile de suspicion sur votre pensée et votre personne.

    L’Histoire ne gardera donc probablement pas trace de votre passage sur terre…
    Pas ken a vo du coup…
    Un cousin de Bretagne…
    ERIC BASILLAIS

    Reply
  • ericbasillais

    October 14, 2016

    @Boris

    normalement j’étais déjà parti… je vois que finalement ma question est passée. Merci de répondre si tu peux.

    ERIC BASILLAIS

    Reply

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